Géorgie - ZOUGDIDI : Oh ! Oh ! Sacré Bonaparte !

Vendredi 21 juin 2019

Juste un petit arrêt à Zougdidi (en Mingrélie), exactement au Palais des Dadiani. On passe tout à côté !!! La Mingrélie fut toujours quasi-indépendante, même lorsqu'elle reconnaissait la souveraineté des rois de Tbilissi ou de Koutaïssi. Mais quel que soit le pouvoir qui s'exerçait théoriquement, le pouvoir réel était aux mains de la Famille Dadiani, et ce depuis le XIIIe siècle au moins.

Et la principale attraction de la ville est le palais des Dadiani, une curieuse bâtisse reprenant les lignes principales de l’architecture de fin du Moyen Age en Europe. Il a l’air d’un tout petit château français ou anglais, incluant des éléments d’architecture autochtone.











Aujourd'hui c'est un petit musée qui abrite plus de 40 000 pièces, toutes les richesses accumulées par la famille Dadiani. Et... parmi ces pièces, l'un des masques mortuaires de Napoléon est exposé en toute légalité.

On ne peut résister à raconter l'histoire. En voici le résumé
(Mais, en bas de page, histoire plus détaillée dans les Potins de la Commère) :


La Princesse Ekaterina Dadiani née Chavchavadze (on a parlé de ses parents lors de notre passage à Telavi), épousa le prince héréditaire de Mingrélie, (mtavari) David Dadiani. Au décès de son mari elle devint régente de son fils Niko, dernier prince de la dynastie Dadiani-Tchikovani qui a régné sur la Mingrélie jusqu'à l'annexion de la Géorgie par la Russie en 1867.

Au cours d'un voyage à Paris, Ekaterina a marié, le 13 mai 1868, sa fille Salomé au prince Achille Charles Louis Napoléon Murat, petit-fils de Caroline Bonaparte, soeur de Napoléon, et de Joachin Murat, maréchal de France.
 

Et, par l'intermédiaire du gendre, le masque mortuaire... a atterri à Zougdidi. 


On continue notre route vers le lac de retenue d'Enguri que l'on longe sur une trentaine de kilomètres. 




 Sur le bord des routes, Maïa et ses amies butinent avant de regagner leurs  HLM.  




Babe et ses copains discutent au milieu de la chaussée.




Et Marguerite et ses compagnes n'en ont rien à "cirer" du trafic routier, c'est aux chauffeurs de les éviter. Vachement bien ! D'ailleurs l'une d'elles est venue prendre le frais au milieu d'un tunnel tout noir... c'est vraiment la "vache qui rit" des frayeurs qu'elle occasionne !!!



Médor surveille et se moque du reste !


Parfois aussi Dames Biquettes apparaissent !



Et chacha pour les bergers !!!





On file (façon de parler, à la vitesse où on va !) vers Mestia... ça double n'importe où et n'importe quand... Mais le Père Dago est prudent avec le ravin tout proche ! On aperçoit les premières neiges...







Les potins de la commère :
Les Dadiani et les Murat : c'est tout un roman !

Belle maman : EKATERINA DADIANI



La Princesse Catherine Dadiani (en géorgien : ეკატერინე დადიანი, naît le 19 mars 1819, dans une famille distinguée de Géorgie orientale. Son père, le prince Alexandre Chavchavadze, est un général géorgien de renom, filleul de Catherine II de Russie. Sa mère est la princesse Salomé Orbeliani.

Le 19 décembre 1838, Catherine épouse le prince héréditaire de Mingrélie, (mtavari) David Dadiani qui succéda deux ans plus tard à son père Léon V. En 1853 David meurt, et Catherine est reconnue comme régente pour son fils le Prince Niko par le Tsar Nicolas 1er qui lui assigne un conseil de régence composé des frères de son époux défunt, les princes Grégoire et Constantin. 

Pendant la guerre de Crimée, les Turcs envoient une force considérable en Mingrélie : ils obligent Catherine à fuir. Le général turc, Omer Pacha, la somme de se rendre et de faire abdiquer son fils en faveur de l'Empire ottoman. Refusant même de lui répondre, elle assume le contrôle des forces mingréliennes, et organise une contre-attaque qui inflige aux Turcs des pertes non négligeables. 

La guerre se termine bientôt par le Traité de Paris en 1856 ; la princesse Dadiani retrouve sa place de régente, et est invitée au couronnement de l’empereur Alexandre II de Russie. Elle assiste à la cérémonie avec ses enfants et sa sœur Nino. Il y est fait mention de la beauté de Catherine, appelée la "reine de Mingrélie". 

En 1856 Catherine confie la régence de Mingrélie au général George Dadiani et vient habiter Tsarkoe Selo, la résidence de la famille impériale russe, près de Saint-Pétersbourg, où elle devient l'une des dames de la cour. En 1857 elle est obligée de revenir en Géorgie à cause d'une révolte paysanne menée par un forgeron mingrélien, Uta Miqava. Le 12 mai, les rebelles prennent le contrôle de la capitale Zougdidi, ce qui pousse la princesse Dadiani à appeler la Russie à l'aide. Comme la Russie avait déjà annexé la Géorgie orientale, ils intervinrent sans peine en Mingrélie, réduisirent la révolte, et "invitèrent" Catherine à Saint-Pétersbourg pour faciliter l'éducation de ses enfants (!!!). Son départ et l'établissement d'une autorité militaire "temporaire" sur la Mingrélie marquent la fin de la principauté. 

Après son installation en Russie, Catherine tient salon à Tsarkoe Selo, et l'intelligentsia géorgienne et russe s'y presse. Au bout d'une dizaine d'années, elle vient à Paris où sa fille la princesse Salomé a épousé le Prince Achille Murat en 1868. 

Elle revient finir ses jours en Géorgie occidentale, désormais officiellement annexée à l'Empire russe. Elle y meurt le 13 août 1882 et est enterrée dans le monastère orthodoxe de Martvili.. 

Son gendre, 
puis les descendants : Le prince Alain et la princesse Véronique Murat



C'est le Prince Alain qui raconte: "Mon arrière-grand-père, Achille Murat, a épousé, en 1868, la princesse Salomé Dadiani, fille de la dernière souveraine de Mingrélie, Catherine Tchavtchavadzé, dépossédée de son royaume par le tsar Alexandre II." À Zougdidi, son ancienne capitale, Catherine fait édifier plusieurs palais, dont un destiné à Achille et Salomé. "Elle meurt quand le sien est à peine achevé, précise la princesse Véronique Murat. Son gendre et sa fille s’y installent avec leurs trois enfants. Ils possèdent aussi le château de Salkhino et le relais de chasse de Chkadouache, des domaines s’étendant en tout sur 25000 hectares."

Construit entre 1876 et 1878, Chkadouache est particulièrement cher à Achille Murat. Le prince en a dessiné lui-même les plans. Comme à Salkhino, le domaine accueille des vignobles et permet de belles chasses d’automne. Hélas ! En 1895, le palais de Zougdidi, initialement destiné aux Murat, brûle à peine les travaux achevés. D’aucuns accusent le prince Achille d’avoir mis le feu pour toucher l’assurance. Blessé dans son honneur, le petit-fils du roi de Naples se rue à Chkadouache et se supprime d’un coup de revolver. À 48 ans ! (Sa femme, Salomé, décèdera en France).

"Mon grand-père, Lucien, était alors à Oxford. Il a épousé Marie de Rohan-Chabot qui n’a jamais voulu habiter en Mingrélie. De ce mariage naît un seul fils, le prince Achille Murat (1898-1987) époux de Magdeleine de Chasseloup-Laubat (1901-1945) et père notamment de la princesse Salomé Murat (1926-2016), qui épouse Albin Chalandon, et du Prince Alain MURAT (né en 1943) qui donne cet interview. Mon père, donc, prénommé Achille, avait 8 ans lorsqu’il est arrivé ici" où il est élevé dans une heureuse insouciance. Alors qu’Achille "le jeune" sert la France durant la Première Guerre mondiale, la révolution qui balaie la Russie gagne aussi la Géorgie. Lucien est emprisonné, avant d’être libéré et rapatrié en France sur intervention de Paris. Il pèse trente kilos. Les Murat sont bannis de Géorgie sans espoir de retour. "Mon père était nostalgique du pays où il avait grandi, poursuit Alain Murat. La nuit où il est mort en 1987, il s’est mis à chanter des chants mingréliens. Puis il a fermé les yeux."

Autant dire que cet amour d’Alain et Véronique Murat pour le pays de la Toison d’or vient de loin. En 1996, ils vendent tout ce qu’ils possèdent en France et s’installent avec leur fille Mathilde à Zougdidi où ils achètent une maison. D’ailleurs, arrivée à Zougdidi à 11 ans, sans parler un mot de géorgien, Mathilde se sent d’emblée chez elle. 

En 2000, la maison brûle en pleine nuit. Alain, Véronique et Mathilde échappent aux flammes d’extrême justesse. Accident ? Peut-être. "Cette nuit-là, nous avons tout perdu, tableaux de famille, meubles, argenterie, garde-robe, tout. Ce sont les voisins qui nous ont prêté des vêtements, se souvient le prince. Intoxiquées par les fumées, Mathilde et Véronique sont rentrées se soigner quelques mois en France et nous avons loué un appartement meublé à Tbilissi avant d’en trouver un à acheter."

Mathilde poursuit des études de biologie, puis d’horticulture à Angers. En 2006, elle épouse un juriste géorgien, avocat international, Levan Mesropachvili. Le jeune couple emménage à Tbilissi dans une maison acquise par les Murat, aujourd’hui devenue trop petite avec quatre enfants et transformée en l’Hôtel Bienvenue.

Dans l’intervalle, les Murat ont porté leur affaire devant les tribunaux géorgiens pour tenter de récupérer le domaine de Salkhino. Première instance, appel, cassation… quatre ans de procédure. "Au final, la justice n’a pu fournir aucun acte de confiscation de nos biens de famille, quels qu’ils soient, et nous a reconnus comme héritiers légitimes d’Achille Murat et Salomé Dadiani, lance le prince Alain. Ce qui n’a pas empêché l’État de faire don de Salkhino à l’Église orthodoxe, en 2010. C’est aujourd’hui la résidence de l’évêque. Comprenne qui pourra !"

Régulièrement, depuis leur installation en Géorgie, les Murat se rendent à Chkadouache sur la tombe du prince Achille, le gendre de la dernière reine de Mingrélie. "Nous en profitions pour aller jeter un coup d’oeil à la maison, occupée pendant des années par sept familles de réfugiés d’Abkhazie." Nous pouvions craindre d’être mal accueillis par les réfugiés. En réalité, ils nous ont aidés à nettoyer et à faire les travaux. Quand ils réalisent que les Murat sont de retour, plusieurs voisins viennent voir le prince. 

En quelques mois, Alain, Véronique et leur brigade de choc de voisins et de réfugiés reconstruisent toute la partie effondrée et lui ajoutent même un étage. Les planchers sont remontés, les toitures colmatées, l’électricité rétablie, l’eau courante installée. La princesse a pris en charge les aménagements intérieurs et tapisse à tour de bras salon et chambres. Beaucoup reste à faire mais, déjà, le château Chkadouache propose cinq chambres d’hôtes. (On y aurait bien été, mais c'est affiché à 335,00 € la nuit, petit déjeuner compris quand même !!! La princesse frappe fort !)

Tant que leur situation n’est pas régularisée, Alain et Véronique Murat font en sorte que Chkadouache soit habité en permanence. Les Murat établissent des contacts avec des investisseurs intéressés par l’idée de replanter un vignoble d’exception sur six hectares afin de ressusciter le vin de la famille, Oldjalèche, médaillé d’or à Paris lors de l’Exposition universelle de 1900. "Et puis il y aura le parc aventure, à flanc de colline, là où nous avons retrouvé des grottes, et les chasses à la bécasse que nous organiserons aux environs, et les serres, et…" Les Murat sont de retour à Chkadouache. Et avec eux la vie."

Extrait de "Point de Vue 07/08/2018"




Pratique :
Musée de Zugdidi : 5x2 = 10 AMD


A suivre :

2 commentaires:

  1. Zoug Didi… Je trouve que ça ressemble plus à l’architecture anglaise.
    Toute la ménagerie est de sortie. Une fois qu’on le sait, on adapte sa conduite. Mais c’est ça qui fait le charme des voyages.

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  2. C'est en général vachement bien... Dago est devenu un pro... Il s'attaque au prochain Paris-Dakar !

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